Aujourd'hui, une critique musicale par Edouard Dia. 
      

Sade : "Soldier Of Love"

Sortie Été 2009

POURQUOI TERGIVERSER ?

Pendant que les sois-disant fans perdent leur temps à nous ressortir à chaque nouvel album les mêmes arguments (ah c'était mieux avant, ah ça rock pas, ah c'est trop lent, oh ça se ressemble..), moi je me régale. Merci, ça fait un moment déjà qu'on l'avait compris : oui, Sade cultive un style qui se ressemble, elle est atmosphérique, aucun album n'égalera jamais LOVE DELUXE, bla bla bla bla. Bon. Passons à autre chose.

Après donc un superbe LOVERS ROCK (et oui, comme beaucoup je ne dis pas qu'il était décevant, comme il est de bon ton de le dire, surtout pas avec des bombes comme all about your love, slave song, every word), voici donc la nouvelle pépite, avec l'une des plus belles pochettes qu'elle nous ait faites ( pour le coup celle de Lovers Rock était catastrophique de sobriété, et celles d'avant très banales sauf l'incroyable love deluxe bien sûr. Là, ce paysage à la douanier rousseau et incas, ce dos sensuel, ce style hispanique a la frida kalo, c'est huge  )

Pour commencer, les perles incandescentes, Moon and Sky, le nouveau No Ordinary Love, mâtiné de King of Sorrow, avec son gimmick déchirant... et puis le plus beau morceau de toute sa carrière à mon goût il me semble, car il est la synthèse de tout ce qu'elle sait faire, j'ai nommé In Another Time, blues langoureux en forme de valse et de berceuse d'encouragement à une jeune fille brisée par l'amour, à la fois sexy et douce amère, funk minimaliste avec ses envolées de jazz symphonique sur la fin, nappes d'orchestre violons irrésistibles croisées avec le saxo de retour !  Morning Bird, chanson d'amour brisée ultime, très en accord avec la pochette, avec son intro de piano qui se brise, et scandée par les maracass de quelque sorcier incas, on l'imagine très bien contempler le soleil levant avec la funèbre conviction que l'amour de sa vie ne reviendra pus jamais chanter à sa fenêtre chaque matin. Lent, atmosphérique, endeuillé, sublime. Une prière.

Le raggae- rapp de Baby Father rock et innove. Très catchy ("You're a flame !"). Voilà pour ceux qui disent qu'elle ne se renouvelle pas. Et pour les mêmes, suffit d'écouter le morceau éponyme de l'album, le plus long, innovant, déroutant (par tant de rage) de sa carrière, audacieusement sorti en single,  western militaire martial dans la veine de "slave song", sûrement le plus rock et dramatique jamais écrit par le groupe, un coup de balle en plein coeur. Enorme.

Les autres morceaux, ne faisons pas les étonnés,  elle a TOUJOURS fait ça, sont en demi teintes dans la veine de Is It A Crime, Clean Heart, The Sweetest Gift, Bullet Proof Soul , Somebody Already Broke, etc... ces morceaux à écouter le soir en boucle, qui n'ont l'air de rien d'abord, et pour finir vous apaisent, vous habitent, vous inspirent.... Nonchalant et country Be That Easy avec son petit sifflement final, triste Long Hard Road, et mystique Safest Place. Mention pour Skin, qui paraît d'abord banal, mais qui avec son gimmick dub electro devient complètement obsédant, au point de passer dans mon TOP 5 !

Une réserve ? Allez, s'il le faut, et cela va étonner, car c'est le morceau qui plaît le plus souvent dans les reviews... je trouve Bring me Home, entraînant et efficacement dépressif, mais efficace comme un bon exercice attendu, déjà entendu mélodiquement, il me semble presque trop mécanique "facile", répétitif, sans construction d'atmosphère.... mais bon, dans un mois  je serai aussi fan alors...

Conclusion : chef d'œuvre. Une fois de plus. Point final. Merci à la Lady. Rendez vous dans 10 ans, "in another time girl !..." D'ici là on a de quoi déguster...